Lost in Translation

Je vous racontais ici et ici mes petites mésaventures de Gaou en quête de l’amour.  Une des choses que je n’avais absolument pas anticipé ce sont les problèmes de communications. Autant les différences culturelles sont plutôt faciles repérer, autant je ne m’étais pas posée la question de la communication. Je pensais naïvement que le langage de l’amour était universel. En bonne rêveuse, qui a été bercée par le RnB de années 90, époque où les chanteurs étaient dans l’exagération la plus totale qui ne voit pas plus loin que le bout de son cœur, je pensais que le fait de s’exprimer parfaitement en anglais et en français suffisait et que ça allait passer crème. En vrai, ça a été la défaite.
Aller en rendez-vous ici a été une des choses les plus compliquées que j’ai eu à faire depuis que je suis expatriée. Moi qui voulais sortir de ma zone de confort en immigrant, j’ai souffert bordel été servie.
J’ai eu beaucoup de mal avec la communication verbale le vocabulaire c’est chaud et la communication non verbale. Je me suis souvent sentie désemparée et très mal à l’aise.

Épreuve numéro 1 : Communication Verbale

Parler couramment les deux langues officielles du Canada n’a pas suffi pour communiquer de manière efficace. J’ai découvert tout un vocabulaire qui m’était étranger. Je connaissais les classiques becs pour dire bises ou bisous, le chum (qui a plusieurs déclinaisons parmi lesquelles on retrouve chum de filles utilisé entre filles pour parler de ses amies proches, ses gos sures) pour dire petit ami et la blonde pour dire petite amie. D’ailleurs c’était clair dans ma tête que le petit chanceux  à qui je ferai l’honneur de ma compagnie, devrait être parfaitement en phase avec le fait qu’il ne pourrait JAMAIS se référer à moi comme étant sa « blonde ». Toutes mes excuses je m’égare ; je disais donc que j’ai découvert un tout un vocabulaire dont j’ignorais l’existence. En fait il y a certains mots qui ont ici, un sens complètement différent de celui que j’ai toujours connu. La première fois qu’un mec m’a dit qu’il aimait mes « grosses boules », j’ai littéralement baissé la tête pour voir si quelque chose avait poussé entre mes jambes. J’ai compris bien plus tard que ce grossier personnage faisait référence à ma poitrine.  Puis il y a eu ce mec, qui m’expliquait que depuis que son ex blonde qui était brune « l’avait triché », il avait vraiment du mal à faire confiance à la gente féminine. Je trouvais sa réaction un peu exagérée sur le coup ; les gens trichent tout le temps ! J’avais moi-même triché à Pictionnary la veille. Je jouais contre ma progéniture et j’en avais marre de la voir se marrer avec un petit air suffisant parce qu’elle gagnait.
Ce n’est qu’après un petit moment que j’ai compris que l’ex en question n’avait pas triché à un jeu mais avait été infidèle.
J’ai aussi appris par un malheureux concours de circonstance que « frencher » ne veut pas dire parler couramment français mais rouler une pelle, que peser signifie appuyer, que serrer ses affaires c’est les ranger, qu’un suçon est une sucrerie alors qu’une sucette devient une ecchymose ici.
J’ai pris le parti de ne pas m’offenser trop vite. Certaines choses ont un sens complétement différent une fois qu’on traverse l’atlantique. En revanche, dire que je suis « belle pour une noire » est raciste et inadmissible dans toutes les galaxies.

Épreuve numéro 2 : Communication Non Verbale

Je n’avais aucune idée mais alors aucune de toutes les règles non écrites qui s’appliquent ici quand on veut sortir avec quelqu’un.
Au Sénégal où j’ai été élevée, il y avait, de mon temps 2 règles en termes de relations sérieuses :

1/ Si tes lèvres ont touché les miennes à la fin du rendez vous amoureux, nous sommes en couple. Notre relation est voie de devenir sérieuse et si elle avance dans la bonne direction, mon père va t’intimider et tu vas éventuellement hypothéquer tes reins pour payer ma dot. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails de la famille (élastique) et de son intrusion dans la relation.

2/ Les démonstrations d’affection en public sont strictement interdites et ce quelque soit notre âge et / ou le niveau de sérieux de notre relation. On fait preuve de pudeur.

Je caricature mais ce sont en gros les règles non verbales qui m’ont été inculquées.

Ici, il y a de nombreuses règles, qui dépendent de la position de la lune dans la voie lactée de quoi déjà ? Quand on sort ensemble, on continue à fréquenter d’autres personnes (notion de non exclusivité). On ne devient un couple (notion d’exclusivité) qu’après en avoir discuté. La phase où on nique à gauche à droite de découverte peut durer plusieurs mois. On ne se dit pas je t’aime avant un certain moment et le premier qui le dit a perdu ?   Il y a aussi ce truc appelé « cuffing season ». En gros c’est LA période (entre Octobre et Mars) qui serait la plus propice à des relations long-terme. Rajoutez à ça le ghosting (faire le mort au lieu de mettre fin à la relation comme un adulte) devenu un sport international et vous avez la recette miracle pour une migraine.

J’ai du mal avec la communication non verbale et les règles non écrites. Elles restent pour moi une énigme. Les différences culturelles, associées à mon caractère et à celui des personnes que j’ai rencontrées ont rendues les choses complexes. J’avais parfois l’impression que tout se passait bien alors que ce n’était pas le cas on a ghosté ma race wesh  et vice versa.

J’ai eu des difficultés à m’exprimer et à comprendre les autres. J’ai fini par intégrer que la franchise restait la meilleure approche pour moi ; lorsque je ne comprenais pas, je le disais clairement.

Ça a fini par porter ses fruits mais ça, c’est une autre histoire…

 

 

Source de l’image ici

 

 



Catégories :Une vie de Gaou

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4 réponses

  1. 😂😂😂 oups désolée mais j’ai beaucoup ri de tes mésaventures !
    Petite mise à jour : on voit de plus en plus de jeunes qui se tiennent par la main à Dakar même si le phénomène reste minoritaire !

  2. Ouh là là! Je vois que beaucoup de ces mots/ expresssions sont carrément sorties de l’américain! (tricer, frencher..) Quant à peser et serrer ses affaires, ça remonte à loin, on le dit à La Réunion, je crois que c’était employé au 18ème siècle… Autrement, bon courage pour la suite.!

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