Transmission Culturelle

Un de mes plus grand défi en tant que maman (immigrante), c’est la transmission culturelle.  Avant de devenir maman, j’étais persuadée que ce serait super facile de transmettre ma culture et mon histoire familiale à mes enfants. J’étais convaincue que ça allait se faire tout naturellement comme ça été le cas pour moi. En revanche, une des choses que je n’avais pas prise en compte, c’est l’environnement. Je suis Togolaise et j’ai eu la chance d’être exposée très jeune à la culture de mon pays et aux traditions familiales. Je pense que le fait d’avoir vécu à Lomé enfant, le fait d’y être souvent retournée durant mon adolescence et le fait d’avoir été proche (géographiquement) de ma famille y ont beaucoup contribués. Enfant je passais énormément de temps avec ma grand-mère maternelle qui m’a quasiment élevée. C’est avec elle que j’ai appris la plupart des choses inhérentes à la culture de ma famille. Elle m’a appris beaucoup, de l’histoire familiale, aux recettes de cuisine en passant par les subtilités de nos rites traditionnels. On passait (et on passe encore) des heures à discuter de toutes ces choses. Sans elle je ne comprendrais pas l’Éwé ; dans le quartier où j’ai grandi, les gens parlaient plutôt le Mina. Avec le recul je réalise que l’espace géographique et l’environnement familial où je vivais ont joué pour beaucoup. Je le vois par exemple avec ma sœur a toujours vécu au Sénégal, elle ne parle pas du tout Éwé, comprend bien le Mina mais le parle moins couramment que mes frères et moi.

Ma mère m’a dit qu’elle ne se posait pas vraiment la question de transmission culturelle quand nous vivions au Togo. Elle était convaincue que ça allait se faire naturellement et ça été le cas. Pour mon père en revanche c’était un vrai sujet car nous vivions au Sénégal.  Tous les ans il nous emmenait dans les régions du Togo, du Ghana et / ou du Benin. Il insistait pour que nous maintenions des liens avec la famille restée au pays et que nous assistions au fêtes familiales et traditionnelles. Il nous exposait constamment aux enseignements (rites, cuisine, folklores, traditions, tenues traditionelles etc…) de toutes sortes. Il ne laissait rien au hasard. C’était presqu’une obsession pour lui. Il prenait toujours le soin de nous expliquer nos traditions ; leurs origines et les raisons pour lesquelles nous en avions conservées certaines et rejetées d’autres. C’était très important pour lui. Je lui demandais souvent pourquoi il insistait comme ça. Pourquoi on rentrait avec lui au lieu d’aller en colonie de vacances avec les potes comme tout le monde. Il répondait toujours la même chose : « c’est important de savoir d’où l’on vient»…

A l’adolescence les voyages au pays avec mon père représentaient une corvée pour moi. J’étais franchement saoulée par ces voyages car quand on est jeune on est con comme ses pieds  je n’en voyais pas l’intérêt. J’avais envie de rester à Dakar (ou ailleurs) avec les copains. Mon père ne me laissait vraiment pas le choix. Chaque année il nous emmenait que ça nous plaise ou non.

C’est bien plus tard que j’ai vraiment ressenti le besoin d’en savoir plus sur ma culture. Quand je suis devenue adulte, j’ai fait des recherches plus poussées sur ma famille, notre culture, nos traditions, l’origines de nos rites et religions, nos divinités, nos totems etc. C’était important pour moi de me renseigner et de comprendre. J’avais besoin d’approfondir les enseignements de mon père.  Je viens d’une famille qui a une tradition plutôt orale. Rien n’est écrit en termes de traditions, de folklores et d’histoire. Si je n’avais pas eu de transmission de mes parents, je n’y connaitrais pas grand-chose. Il n’y avait pas de livres, ou de films qui racontaient ces histoires là quand je grandissais. Aujourd’hui je trouve que mon père a eu raison d’insister.

Je suis consciente que ma fille aura une version beaucoup plus « édulcorée » que moi de notre culture et de notre histoire familiale. C’est quelque chose que j’ai accepté il y a bien longtemps car ce sont les vicissitudes oui j’adore ce mot  de la vie d’errance j’ai choisie . Mam’zelle G vit dans un environnement complètement différent du mien et n’est pas exposée à certaines réalités familiales et culturelles. De plus mes parents avaient toute une famille et une communauté pour les épauler dans cette histoire de transmission. Moi je suis seule et loin et ça rend les choses beaucoup plus difficiles. Je me demande souvent quelle est la meilleure façon de lui transmettre au quotidien toutes ces choses qui font partie de son patrimoine culturel et familial. C’est un vrai challenge pour moi et je n’ai pas encore trouvé la solution magique.

Je discute souvent avec mes proches de la difficulté de transmettre certaines de nos valeurs et notre culture à nos enfants. Certains ont fait le choix de retourner élever leurs enfants sur le continent africain pour (entre autres) ces raisons.

Je ne voudrais pas que tout ce savoir qui m’a été transmis disparaisse sans que ma fille ne puisse y avoir accès ; alors j’écris tant que je peux (je l’évoquais un peu ici), je note et je repertorie les choses avec plus ou moins d’assiduité selon les périodes.  C’est un travail de longue haleine mais que je trouve nécessaire car je me rends compte aussi qu’avec le temps et la distance sans doute, ma mémoire commence à faillir…

C’est l’inconvénient majeur de la tradition orale qui est la règle dans ma famille ; les choses s’estompent et finissent par disparaitre avec le temps. Aucun membre de ma famille n’est capable de me donner une recette familiale avec des doses et des temps de cuissons exacts,.  Il y a d’ailleurs un viel adage qui illustre bien tout cela, « En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brule »…

Et vous, vous posez vous la question de la transmission ? Comment est-ce que vous l’abordez ?

 

 

PS: Si vous connaissez la source de l’image, je prends avec grand plaisir!



Catégories :Le coins des petits Gaous, Une vie de Gaou

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2 réponses

  1. Oui, c’est quelque chose qui me trotte toujours dans la tête : comment arriver à transmettre à Mark nos deux cultures, lui qui grandi au Canada? Déjà, rien que les langues, ce n’est pas si simple! Il est plus facile d’aller en France qu’en Chine, mais paradoxalement il est plus facile de vivre certains pans de la culture chinoise au Canada, car mes beaux-parents y habitent, donc Chine 3 – France juste moi 😆

    Je sais que certaines choses passeront, c’est obligé, et j’en suis contente. Et puis, ça nous force aussi à réexplorer nos propres cultures.

    • Ma petite experience de 25 ans passés à l’etranger, hors de France, avec 3 enfants,peut intéresser:
      parler sa langue maternelle avec l’enfat , meme si il répond dans la langue du pays et ne pas se décourager. Rencontrer des gens du pays ou du même continent :asso, fetes, eglises ou lieux de culte…après verifications…
      Trouver dans les bibliothèques publiques , chansons, histoires , du pays ou similaires
      Jouer à parler en langues du pays,, très important si grands parents et cousins vont les voir ….vacances!!
      Bref, avec de la persévérance, on y arrive!!!
      May

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