Dear me, #bilan

J’aurais aimé te faire parvenir ces mots quelques semaines après ton arrivée à Toronto.
Au moment où j’écris cette lettre, ça fait un peu plus de cinq années que tu vis au Canada. Je pense que l’heure est venue de faire le bilan de cette aventure extraordinaire. Ces dernières années n’auront pas été de tout repos. Tu ne resteras pas à Toronto. Tu partiras à cause de la solitude que tu ressens dans cette ville mais aussi et surtout pour une belle opportunité professionnelle. Tu vis à Montréal depuis quelques années maintenant. Cette ville te testera et te repoussera dans tes retranchements. Tu y feras le deuil de ton mariage, de cette famille classique dont tu avais tant voulu.
Ton bébé est presque devenu une jeune fille. Tu as encore du mal à comprendre le système scolaire, tu te sens souvent désemparée et la maman que tu es culpabilise souvent mais tu fais de ton mieux.

Tu es en apprentissage perpétuel. Tu as souvent l’impression d’être comme un enfant qui apprend à marcher et à naviguer face aux défis de la vie.Tu tomberas plusieurs fois. J’aurais aimé te dire qu’il s’agit là uniquement d’une figure de style mais il n’en est rien. Tu vas littéralement te casser la gueule, plusieurs fois, comme une merde à cause du verglas. Tu auras envie de hurler à la neige et aux températures négatives de manger leurs morts. Tu appelles ça les joies de l’hiver. La météo restera un point assez difficile pour toi. Les hivers sont rudes et tu as encore beaucoup de mal après toutes ces années. Le froid et toi ça a toujours fait deux, je sais que je ne t’apprends rien en te disant cela.

La vie aussi loin de tes proches te semblera souvent insurmontable. Des évènements heureux tu vas en rater à la pelle. La mort fera elle aussi partie de l’aventure. Elle se rappellera à ton bon souvenir bien trop souvent à ton goût. Tu (re) découvriras la violence du deuil ainsi que l’affliction et la peine qu’il entraîne sur son passage. Des larmes, il y en aura énormément. Les vicissitudes de la vie sans doute…

La vie ici n’est pas toujours rose ; comme partout finalement…

Tes économies vont fondre comme neige au soleil, rien de surprenant, se réinstaller coûte cher. Tu le sais déjà. Sur le plan professionnel tu es plutôt épanouie. Tu réaliseras bien plus ici en cinq ans qu’après toutes ces années en France. Tu attribueras cette réussite en partie à ta bonne étoile car tu verras dans ton entourage des immigrants qui n’ont pas été aussi chanceux que toi professionnellement parlant. Tu apprendras à t’adapter à la culture ici, à lire entre les lignes et à être subtile quand tu communiques avec tes collègues. Ce ne sera pas facile tous les jours mais tu trouveras sur ton chemin des gens bienveillants pour te conseiller et tu vas gagner en humilité.
Il y aura des jours ou tu auras envie de jeter l’éponge et de rentrer mais ils ne seront pas nombreux. Même lorsque tu auras la sensation que tout s’écroule, les choses s’arrangeront. A l’heure où je t’écris ces mots, retourner en France n’est plus vraiment d’actualité à moyen terme du moins. Tu finiras par réaliser que malgré tout, ta vie, c’est ici et maintenant. Tu n’es toujours pas Canadienne, même si tu n’es plus tout à fait de là-bas, tu n’es pas vraiment d’ici non plus.

Avec le temps, la France deviendra le pays où vit ta famille. Tu y retourneras avec grand plaisir mais tu ne te sentiras plus tout à fait à ta place. L’intensité du quotidien, de vos réalités si différentes creusera un fossé entre certains de tes proches et toi. Comme dit l’adage, loin des yeux, loin du cœur.

Tu retrouveras d’anciens amis ici et tu t’en feras de nouveaux. Tu vas pleurer, rire aux éclats, sauter de joie, danser non tu ne sais toujours pas twerker, être révoltée par le racisme latent, être en colère, avoir des déceptions et réaliser des choses merveilleuses. Tu vas vivre tout simplement…
Malgré les années, et la routine qui s’installe, tu continueras à aller de découvertes en découvertes. Tu voyageras, tu rencontreras des gens exceptionnels et tu t’enrichiras. Tu vas grandir, te redécouvrir, apprendre sur toi-même, sortir de ta zone de confort.

N’abandonne pas, prend soin de toi, accroche-toi car ces cinq années qui viennent seront fortes en émotions…
Ce que j’essaie maladroitement de te dire, c’est que la route de l’immigration est sinueuse certes mais ton bilan est positif.
Tu iras bien, ne t’en fais pas.

Gawasement,

PS : Au moment où je t’écris, ça fait 9 mois que tu n’as pas mis les pieds sur ton blog. Les raisons de ce silence t’appartiennent mais tu prendras le temps de répondre aux messages bienveillants, de raconter tes aventures avec Mr Coffee cup entre autres et d’écrire de nouveaux articles. Joyeuses Pâques !

Source de l’image ici



Catégories :Les Gaous au Canada

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11 réponses

  1. Joyeuses pâques et prenez-bien soin de vous!

  2. Bon, ben c’est pas mal comme bilan, finalement!

    J’ai l’impression qu’immigrer c’est souvent mettre le doigt dans un engrenage que finalement, on ne soupçonne pas. Ce qu’on avait envisagé et intégré (se débrouiller dans une nouvelle langue, les défis du travail et du choc des cultures) se gère plus ou moins, mais « le reste », c’est à dire un couple qui peut exploser, des chocs culturels insoupçonnés (pour moi ça a été d’élever un enfant ici et de découvrir des chocs culturels liés à l’éducation après avoir passé la moitié de ma vie au Canada!), des crises auquelles il faut faire face… ben on n’avait pas ça au programme.

    Pis on rebondit!

    • Je suis on ne peut plus d’accord. C’est tellement vrai ce que tu dis!! il y a les choses gerables qu’on avait anticipé (ou pas d’ailleurs…) puis il y a la partie impro, la partie cachée de l’iceberg !
      Merci pour ton commentaire 🙂

  3. C’est positif tout ça ; je t’embrases bien fort
    Nanou

  4. Bien émouvant ce bilan gaou. Et oui je confirme que partout chacun de nous rencontre des joies et des peines. Pourvu que le bonheur l emporte. Une pensée de cadillac-France

  5. Nice to have you back !

  6. Oui c’est complètement tout ca ! J’aurais pu écrire la meme chose. Les hivers sont un poil moins rudes ici (New Jersey, a 1/2 heure a l’ouest de New York la ville) mais c’est tout. Le reste c’est comme on dit ici Life happens. La vie c’est ce qui arrive pendant qu’on était occupé a faire d’autres plans ou quelque chose comme ca. Moi ca fait 17 ans mais c’est pareil, au bout de 5 ans c’était pareil, et au bout de 17 ans ce sera pareil sans doute pour vous (système scolaire et autres choses quotidiennes que je ne comprends toujours pas ou qui me prennent de court toujours après 17 ans ! Mes enfants qui sont des jeunes adultes n’ayant presque pas connu la France, leur vie est ici donc la mienne aussi du coup. Et le décalage avec la France et la façon de vivre en France s’est creusé. Vrai aussi pour loin des yeux loin du coeur. Il y a quelques fidèles cependant. Bonne continuation !

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