Un Gaou aux urgences …

6h00 : Cette douleur et cette pression que je ressens dans la poitrine de manière intermittente depuis quelques temps est de retour.  Je l’ignore et je me fais un café. Je n’ai vraiment pas l’temps d’ niaiser  le temps de m’y attarder. Je dois deposer mam’zelle G à l’école et j’ai une grosse journée de travail qui m’attend.

10h30 : La douleur se fait de plus en plus présente. Je vais attendre un peu ; ce n’est pas insupportable je déteste les hôpitaux. J’ai une pensée pour SOS médecin ; c’était pratique.

12h30 : La douleur devient insupportable, je commence à voir double et je sens mon bras gauche s’engourdir. Je n’arrive plus à me concentrer sur mon travail. Je décide d’arrêter mes conneries d’aller aux urgences. Mais avant je dois prendre des dispositions pour faire garder Mam’zelle G. Je ne vais pas prévenir mes proches je ne suis pas prête à entendre ma mère paniquer, me poser dix mille questions, réagir de façon excessive, me demander qui va s’occuper de moi et me dire qu’elle a toujours su que c’était une mauvaise idée d’aller rester seule aussi loin  pour ne pas les inquieter.  Je réalise que je ne connais pas les numéros d’urgences à Montréal ; je ne m’y suis jamais intéressée. Grossière erreur à corriger rapidement.

13h20 :  J’ai décidé de me rendre aux urgences par mes propres moyens. Je suis consciente et capable de me déplacer. J’évite quand même de prendre le volant; on ne sait jamais. Ma douleur est là en sourdine. J’arrive, la salle est pleine et ressemble à celles que j’ai pu voir dans les séries américaines, sinistre et sans âme .  Il y a une section dédiée aux gens qui toussent et qui ont de la fièvre ainsi qu’un distributeur de friandises et un téléviseur. Je dois prendre un ticket.

14h00 : J’entends mon numéro, je me rends dans une salle pour passer au « triage ». Je donne ma carte d’assurance maladie et je réponds à quelques questions sur mes symptômes. Je retourne dans la salle d’attente, on m’appellera.

14h45 : On me conduit dans une petite salle pour un électrocardiogramme. Aucune information ne m’est donnée sur mon état. Je retourne dans la salle d’attente.

15h10 : Instagram ne marche pas ; problèmes de réseaux. L’après-midi va être longue ; j’aurais peut-être dû prendre un bouquin. J’entends à nouveau mon nom, je retourne au triage. On me pose des questions plus détaillées sur mes symptômes et on me refait des tests. Je retourne dans la salle d’attente.

16h00 : Je dois aller ouvrir mon dossier au service administratif. La personne en face est surprise d’entendre que c’est la première fois de ma vie que je me rends dans un service d’urgence. J’ai la chance d’avoir une santé relativement bonne. De plus, je suis issue d’une famille snob où il n’y a que trois choix de carrière possible : Docteur en Médecine, Docteur en Mathématiques ou Honte de la famille. Je n’ai jamais eu de mal à avoir accès aux soins. Il y avait toujours un médecin que je pouvais contacter parmi mes proches.  Mais ça c’était avant que je n’immigre à l’autre bout du monde.

16h10 : L’ouverture de dossier est terminée. Je reçois un bracelet avec mes nom, prénoms et le numéro de dossier. Je retourne dans la salle d’attente.

18h00 : Un jeune homme débarque avec un oreiller et une couverture sous le bras. Il a l’air blasé. J’aurais dû faire comme lui ; je suis épuisée.  Je vais certainement rater le match des raptors. Ma douleur me ramène à la réalité.

20h30 : Je commence à m’assoupir quand je suis soudainement réveillée par un bruit sourd. Une dame (très énervée visiblement) met un grand coup de pied au distributeur de friandises.

22h00 : La femme assise devant moi sort un Tupperware de son sac à main et commence à manger. Je réalise que je n’ai rien avalé depuis le café de ce matin.

22h30 : Une infirmière annonce qu’il y a eu changement d’équipe. Elle fait partie de l’équipe de nuit.  Elle rappelle qu’il est inutile de demander une estimation des temps d’attente ; elle n’en a aucune idée. Elle précise qu’il n’y a qu’un seul médecin pour tout l’hôpital. Elle propose de prendre un RDV le lendemain dans une clinique pour ceux qui le souhaitent. Un monsieur lâche un soupir de découragement et quitte la salle. Je me prépare à opter pour l’option RDV quand je suis prise de violentes douleurs. Je reste Julien Lepers voice !

23h00: Je suis soudainement prise d’angoisse. J’imagine le pire; je ne veux pas que ma fille grandisse sans moi ;  je ne peux pas crever seule ici.Je me dis (entre deux crises de douleur) que ce serait bien de faire un testament aussi glauque et lugubre que soit cette idée.  J’ai envie d’appeler ma sœur mais il est vraiment tard en France. Je respire profondément et j’essaie chasser ces idées noires en faisant défiler mon fil d’actualités Twitter .

23h30 : J’entends mon nom dans les hauts parleurs ; je vais enfin voir le médecin YES !!!. Ma joie est de très courte durée, c’est pour repasser au triage. L’infirmière m’ausculte et refait des tests pour mesurer l’évolution de mes symptômes. Je retourne dans la salle d’attente.

1h00 : Les Raptors sont champions de la NBA. Je me dandine de joie sur ma chaise. La télévision québécoise a traduit le mythique « We the North » par « Le Nord c’est nous ». OK…

1h30 : Un homme arrive recouvert de sang.  On lui dit de prendre un ticket ; on l’appellera pour passer au triage. Une femme hurle « woy, woy, mezanmi » en se tordant de douleur. Je crois que c’est du créole haïtien ; je me demande bien ce que ça veut dire. Je file chercher une traduction sur google. L’infirmière vient la voir.

2h00 : On me demande d’aller dans une salle de consultation. Dans la salle, un infirmier me tend une blouse. Il me demande de me déshabiller et de l’enfiler. Je m’exécute et je réalise que la blouse est ouverte à l’arrière et que j’ai le cul à l’air. Je fais le deuil de ma dignité et je remercie le ciel d’avoir mis des sous-vêtements assortis. Le médecin arrive ; après consultation, il m’explique que je dois faire quelques examens et qu’il me reverra une fois les résultats reçus. Je traverse l’hôpital vêtue de la blouse de la défaite pour faire les examens prescrits.

2h30 : Je suis de retour dans la salle d’attente qui ne désemplit toujours pas. Je me dis que ça ne doit pas être facile pour le personnel. La police arrive ; elle est à la recherche de l’homme ensanglanté arrivé un peu plus tôt. Je pense à ma sœur qui finit ses études de médecine et qui doit aussi en voir de toutes les couleurs quand elle est de garde.

3h10 : Je retourne dans la salle de consultation. Le médecin me communique mes résultats ainsi que son diagnostic. Il me prescrit un traitement avant de me libérer. Je suis soulagée .

4h00 : J’arrive chez moi ; il est 10h00 du matin en France. J’appelle ma sœur…



Catégories :Une vie de Gaou

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8 réponses

  1. Oh, putain… j’hallucine sur la durée et sur ces instantanés de vie que tu as saisis. Mais la durée de l’attente, quoi…

    Est-ce qu’on t’a fait sentir à un moment que n’étant pas couverte de sang/agonisante tu devrais rentrer chez toi? Ou une fois que tu y es, tu restes?

    Tu vas bien?

    • Hey girl. Désolée d’avoir mis 10 ans a répondre SMH. Alors pour repondre a ta questions, ils n’ont pas voulu me laisser partir a cause de la nature de mes douleurs (poitrine etc.)
      j’ai voulu partir a un moment mais l’infirmiere etait vraiment pas chaude pour que je bouge.
      J’espere que tu vas bien 🙂

  2. Montréal et ses hôpitaux 😰! En espérant que ce n’est pas trop grave.

    Prompt rétablissement !

  3. Presque un an dans un nouveau pays et je réalise que moi non plus je ne connais pas les numéros d’urgences? Etres malade loin des siens… quand le mal à l’âme viens s’ajouter au maux du corps. Babadé. J’espère que tu vas mieux

  4. On dirait un hôpital africain hein. Nous qui pensons que tout est beau loin des tropiques. Yako à toi et prompt rétablissement!

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